Sur le chemin du gibet

La fontaine du Diable

Dernière halte des suppliciés

Masque de fontaine
Pierre calcaire
Travail français
xvie-xviie siècle

Coquemard
Terre cuite partiellement vernissée
xviie-xviiie siècle

Diverses monnaies et médailles
Argent, alliages cuivreux
xvie-xviiie siècle (?)

Archives de l'Antre-Cave


C’est entre le Louvre et les Tuileries que se trouvait l’énigmatique fontaine du Diable aujourd’hui disparue. Détruite en 1854, elle est mentionnée dès 1671, mais la date de son édification demeure inconnue, de même que l’origine de son nom. Plusieurs éléments concourent néanmoins à l’explication de cette appellation diabolique. Sa localisation, tout d’abord, n’est pas anodine. La fontaine était située à l’extérieur du rempart de Paris bâti par Charles V entre 1356 et 1383, au croisement de la rue de l’Échelle et de la rue Saint-Louis. La rue de l’Échelle tire son nom du gibet de l’évêque de Paris, installé autrefois sur le flanc sud de la butte Saint-Roch. La fontaine se trouvait donc sur le chemin qu’empruntaient les condamnés à mort pour se rendre sur les lieux de leur supplice. Notons également que la plupart des auteurs rapportent qu’avant son raccordement à la pompe de Chaillot, à la fin du xviiisiècle, la fontaine était souvent tarie, méfait attribué aux sorcières et donc au pouvoir du diable. Enfin, le masque en pierre par lequel s’écoulait l’eau représente une tête cornue. Il s’agit certainement d’un faune mais, dans ce contexte particulier, il a probablement été très vite confondu avec le diable.

En 1759, la fontaine est entièrement restaurée et reconstruite (photo 2). On élève un nouvel édifice sculpté par Doré, composé d’une table sur laquelle, de part et d’autre d’un obélisque surmonté d’un globe, étaient assis deux tritons soutenant la proue d’un vaisseau. Sur la bouche de la fontaine, on installe un mascaron en bronze, en remplacement de l’ancien masque en pierre présenté ici, qui aurait été récupéré et préservé de la destruction par un fontainier présent sur le chantier. Cette sculpture peut être rapprochée des mascarons du Pont Neuf, ce qui permet de la dater entre la fin du xviet la première moitié du xviisiècle. Elle représente un visage humain ridé, chevelu et barbu, deux cornes sortent du crâne et s’enroulent en volute de chaque côté du front.

Les archives de l’Antre-Cave font part d’une légende selon laquelle certains prisonniers qu’on menait au gibet, jetaient une pièce dans le bassin de la fontaine du Diable. C’était à la fois le prix payé à Charon pour le grand passage, et une offrande au Prince de ce monde dans l’espoir d’un traitement moins inhumain dans l’enfer qui les attendait. Si, au même moment, un mince filet d’eau s’échappait par la bouche de la fontaine, comme pour saluer le passage du supplicié, ce dernier se savait condamné à l’enfer. On interprétait ce signe comme la réponse du diable qui acceptait l’obole et annonçait un nouveau baptême sous de terribles auspices… Cette légende, particulièrement vivace, était bien ancrée dans l’imaginaire parisien. La procession du Saint-Sacrement de l’église Saint-Roch, mentionnée à la fin xviisiècle, tournait chaque année autour de la fontaine du Diable pour tenter de l’exorciser.

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